Cher David

Cher David, un blog sur le deuil et le veuvage précoce

Annonce du blog

Parce qu’il n’y a pas 1000 façons, d’exprimer ce que je ressens ou d’expliquer ce projet, j’ai décidé de rédiger une lettre, expliquant la raison de ce projet… 

Cher David, mon petit ange, mon petit homme,

Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore où elles me mèneront. Ce que je sais en revanche, c’est que ces lignes seront sûrement salvatrices pour moi et je l’espère pour d’autres.

J’ai en tête l’idée de ce blog depuis quelques semaines déjà mais je reporte sans cesse. Tu me connais… La peur du jugement, la peur de ne pas être comprise, la peur de mal faire mais aussi la peur de m’enfermer peut être dans une douleur, dans une souffrance qui aujourd’hui me foudroient toujours autant.

J’ai quand même commencé à me renseigner, à essayer de comprendre ce que je vivais car il faut le dire, personne ne prend le temps d’expliquer ce que je vais traverser. On me qualifie bien vite de veuve, on me fait prendre conscience de mon nouveau statut mais en dehors de çà, rien ni personne ne m’aide à comprendre ce que cela signifie réellement. Oh bien sûr, le quotidien s’en charge pour moi, il ne se prive pas pour me rappeler ton absence. Il ne se prive pas pour me rappeler que « la vie continue » mais sans toi. Il ne se prive pas pour me botter les fesses et me faire comprendre que je n’ai pas le temps de pleurer, qu’il y a trop de choses à gérer. 

Alors j’ai commencé à fouiner sur le net, à chercher un peu de réconfort via des histoires peut être semblables à la notre. Je me suis mise en quête du malheur des autres. C’est horrible de dire cela comme cela, mais c’est la vérité. 

Je te laisse imaginer la scène, moi parlant à voix haute. « Alors, recherche Google. Que vais-je taper… « Mort jeune »  « veuf jeune » , « décès précoce deuil conjoint » (et j’en passe des meilleures). »

Qu’est-ce qu’on tape dans ces cas là? Et surtout qui est le malchanceux qui a un jour partagé son malheur sur la toile pour me faire bénéficier de son expérience aujourd’hui?

Et là, je n’ai pas trouvé grand chose. J’ai trouvé des témoignages mais pas tellement de témoignages de personnes dans mon cas. Non, on ne trouve pas grand chose à ce sujet parce que dans la tête des gens, on est veuf à 80 ans, on laisse 3 enfants, 7 petits enfants et un arrière petit fils… On laisse derrière soi une vie bien remplie…

Sauf que moi, ce n’est pas çà. Tu n’avais pas 80 ans, tu ne laisses pas 3 enfants, 7 petits enfants et un arrière petit fils derrière toi. Tu ne laisses pas une vie bien remplie même si j’ai aimé la vie que nous nous sommes construite en si peu de temps. Mais la réalité est là, ta vie, elle était devant toi. 

Bien entendu, tout deuil est difficile, quel que soit l’âge de l’être aimé mais dans mon cas, cela ne m’a pas aidée de lire des histoires retraçant 30 ans de mariage, 50 ans de mariage, de lire des histoires retraçant une vie à laquelle je ne peux pas moi m’identifier. Et c’est çà dont j’ai besoin. Pouvoir m’identifier à une histoire similaire. Pouvoir me dire: « cette personne qui se raconte, qui explique son histoire, elle exprime très bien ce que je ressens ».

Alors j’ai fouiné encore sur le net et j’ai trouvé ce que je cherchais. Et apparemment, ce que je traverse en ce moment, cela a un nom: c’est le « veuvage précoce ». 

Alors, j’ai lu ce que c’était. Sauf qu’en en lisant la définition, je n’entre pas non plus tout à fait dans cette catégorie. Tout d’abord, parce que je ne suis pas légalement ta veuve. Non, moi je fais partie de cette catégorie de personnes que le deuil renvoie à l’anonymat: en gros je ne suis personne. Ensuite, parce que le veuvage précoce concerne toute personne ayant moins de 55 ans et qu’une fois encore, je ne me retrouve pas dans les expériences racontées que je peux trouver sur le net, car tu ne laisses derrière toi ni épouse, ni enfants. Juste une « jeune » fiancée de 36 ans, seule…

A la vue de tout cela, je me suis posée plusieurs questions. Je me suis demandée si je devais vivre çà seule, ne rien partager de ce que je traverse. Et puis, je me suis rappelée un projet qu’on portait autour de ta maladie et je me suis dit: « Et si au contraire, je faisais en sorte que cela change? Et si je partageais ici mon expérience? Et si, à mon humble niveau, je partageais sur mon veuvage précoce? Et si dans 15 jours ou dans 15 ans, quelqu’un cherchait sur le net du réconfort, un texte lui montrant que ce qu’il vit, il n’est pas le seul à le vivre?Que même si nos histoires sont différentes, nous traversons sûrement des choses similaires? Que même si nous ne sommes pas nombreux, nous existons quand même? Et que conscients du fait d’être peu nombreux, nous avons pris le parti de parler, d’échanger afin de faire entendre notre voix et que celle-ci parvienne à quelqu’un qui un jour en aura peut-être besoin? »

Voilà où j’en suis au moment ou j’écris ces lignes. Je ne sais pas quelle tournure prendra cette partie du blog, je ne sais pas où il m’emmènera, s’il sera lu, ni même combien de temps il existera,  mais je sais qu’aujourd’hui, il a toutes les raisons d’exister…

Parce qu’aussi triste que ce soit, je sais qu’un jour, une personne vivra la même chose que moi et sera peut être réconfortée à l’idée de trouver « sa » malchanceuse qui aura un jour partagé sur le net son histoire; histoire qui s’avère être aussi la tienne, la notre…

(Ta) Nanou

  1. Je fais parti des autres… ceux qui n’ont pas personnellement traversé ce terrible malheur.
    Je fais parti des personnes qui te suivent, qui te lisent… et qui pleurent même en te lisant.
    Silencieuse, car comme tu le dis si justement “que pourrais-je te dire pour t’aider à traverser cette épreuve” ?!
    Rien ! Car rien ne changera tout ça ! Je ne pourrais jamais être à ta place… je ne peux que te lire, et de t’encourager à ma manière.
    Même si je ne suis qu’une “copine virtuelle” je pense à toi très fort !
    <3 je t'embrasse Chère Stéphanie <3

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