Le décès de mon grand père : Leçon en 1 acte

Papi

J’ai hélas vécu un nouveau drame familial : le décès de mon grand père. 

Contrairement à ce que j’avais toujours imaginé/pensé, le drame auquel je fais référence n’est au final pas le décès de mon grand père mais l’explosion de notre famille qui en a résulté. J’ai toujours vénéré mes grands parents, ce n’est un secret pour personne. Mon grand père était ma figure paternelle quand nous n’en avions pas, il était celui que je regardais avec admiration,  avec amour. Celui que j’avais pris le temps de connaître et découvrir après le décès de ma grand mère. Celui à qui David a demandé ma main, au détour d’une conversation, afin de rassurer mon grand père sur ses intentions à mon égard, celui à qui David a montré, tout fier « THE bague » comme on l’appelait. Il n’était pas parfait, loin de là, mais je pensais sincèrement que nous avions ce rapport privilégié jusqu’à…

Cela a été une période très compliquée, il a fallu gérer beaucoup de choses en même temps. Il nous a fallu reconnaître que nous étions soulagées que notre mère ne soit plus là pour vivre tout cela, qu’elle aurait eu le coeur brisé si elle avait assisté à tout cela, si elle avait entendu et lu tout ce que nous avons entendu et lu. Aujourd’hui encore, rien qu’à l’écriture de ces lignes, les larmes me montent aux yeux car je pense à la belle personne qu’elle était. « On dit souvent que la pomme ne tombe pas loin de l’arbre, du pommier » , je peux vous assurer que tout comme David, ma mère est MA preuve que cette expression est erronée. Et je ne peux être que fière que tous les deux, ils aient réussi à s’éloigner de leur propre pommier… 

Je suis fière, même si elle en a souffert, qu’elle se soit éloignée de cette famille, qui au final, n’a que l’argent pour valeur, et qui dénigre et renie les homosexuels visiblement, les personnes en situation de handicap aussi… Je suis heureuse d’avoir été élevée dans les valeurs humaines qu’elle m’a transmises. 

Cela a été une période très compliquée. Parce qu’il a fallu ingérer, digérer les horreurs dites, écrites, parce qu’il n’y a eu aucun filtre, aucune compassion, aucune pudeur, aucune retenue… Parce que tous les coups étaient permis. Comme ce mail reçu le soir de l’anniversaire de Sophie où on méprisait et rabaissait David et où on me présentait comme une personne immonde, parce que j’ai osé dire que je voulais refuser l’héritage (le comble!), ne supportant plus tout ce qu’il se passait, tout ce qui était dit… 

Ce soir là, après avoir fait une belle crise de nerfs qu’il m’a d’abord fallu gérer, j’ai décidé que c’était terminé. Que je n’en accepterais pas plus. Sophie le sait, je peux accepter beaucoup de choses, encaisser beaucoup de coups, mais elle sait aussi que j’en suis incapable quand on s’en prend à des personnes que j’aime et qui ne peuvent se défendre. Le mail sur David a eu raison de moi, d’autant plus que l’expéditeur se vantait de l’avoir transmis à d’autres personnes, tout heureux visiblement de colporter de telles horreurs sur David, sur moi, dans le seul but de… ? Je ne le sais même pas. Que peut-on chercher et espérer trouver en envoyant des mails de ce type sur des personnes qu’on ne connaît pas? 

Car c’est là, le comble de l’horreur , c’est que cette personne ne connaissait même pas David, elle ne me connaissait déjà pas moi. Mais cela ne l’a pas empêchée de dire que j’avais tout intérêt à ce que David décède, entre autres, laissant sous entendre  visiblement que j’étais son héritière (loupé!). Et cela n’a pas empêché d’autres personnes de reprendre les propos de ce mail pour venir me reprocher qu’ils doivent eux travailler pendant que moi je vis d’un héritage. Vé-ri-di-que! 

Je l’écris avec un petit sourire sur le visage aujourd’hui, mais il m’a fallu du temps pour me remettre de ce mail. Mais grâce à de nombreuses personnes, j’ai réussi à me détacher de l’horreur. J’ai une soeur (avec sa petite famille) exceptionnelle, j’ai des amiEs en or (elles se reconnaîtront) qui ont su me laisser le temps d’être en colère, d’être triste, qui, même si, pour certaines, elles n’ont pas connu directement David ont pris le temps de me rappeler ce qu’il y avait à savoir, une personne qui est présente depuis 35 ans dans ma vie et qui se reconnaîtra et qui a toujours le mot juste sur ma mère, sur David, parce que pour le coup, elle, elle a connu les deux… 

Je pense à mon grand-père aussi, je réfléchis à tout ce que nous avons vécu ensemble et je me rappelle avec affection qu’il y a des choses, sur lesquelles on ne peut pas mentir, pas tromper. Je trouve juste dommage qu’il n’ait pas eu le courage de certaines pensées, de certaines discussions et d’avoir brisé définitivement une famille déjà bien fragilisée…

Et puis… j’ai aussi réalisé que ce qui arrivait était aussi de la responsabilité de ses “survivants”, de ceux qui restent, et que chacun a fait ses choix, en toute conscience. J’ai réalisé que, oui, nous avions tous la possibilité de faire que les choses se passent différemment… 

Cela m’a permis de prendre du recul, de m’apaiser et c’est pourquoi je pense, je garde au final en moi  le grand père qu’il a été, celui à qui j’ai rendu hommage à l’église, car c’est lui que j’ai connu, que j’ai aimé. C’est lui qu’il m’a permis de connaître. L’homme que nous avons enterré et l’image qu’il nous en reste est celle d’un étranger, mais il n’empêche que le grand père auquel je rends hommage a bel et bien existé. Alors, comme pour mes autres absents, je préfère me le remémorer, du temps de son vivant.

Et puis, j’ai décidé de me concentrer sur tout çà, sur tous ces beaux sentiments et sur ces belles personnes qui sont dans ma vie, car la vie est bien assez courte pour ne pas la gâcher plus longtemps. C’est la leçon que je tire de tout cela : me concentrer sur moi et sur mes proches, ceux qui le sont vraiment et garder en moi le meilleur.

L'éloge à mon grand-père

Papi,

Je me tiens aujourd’hui devant notre famille, ta famille, tes proches, tes amis tous ici réunis pour te rendre un dernier hommage.

Tu l’as toujours dit, un jour comme celui-ci, tu ne veux ni fioritures, ni faux semblants. Tu nous voulais présents si on le souhaitait, absents si on le préférait. Tu nous voulais tels que nous sommes dans la vie de tous les jours. 

Tu ne devais pourtant pas t’imaginer me voir arriver ici avec des cheveux roses. Je dois t’avouer que depuis ton décès, elle me stresse cette couleur car je sais que pour beaucoup, lors d’un enterrement, on doit se couvrir de noir, être sobre, afficher un visage attristé.

Et puis…

Et puis j’ai pensé à toi, à ce que tu en dirais toi, car au final, c’est çà le plus important.

Je me suis donc dit que si je t’avais expliqué que pendant mon séjour en Irlande avec les enfants de Sophie pour Halloween, ils m’avaient convaincue de me faire une couleur discrète qui a tourné au carnage car pas discrète du tout, tu aurais souri et tu m’aurais dit que ma couleur, cette couleur était un souvenir d’un moment joyeux et tu aurais eu raison.

Tu m’aurais dit aussi que j’avais respecté ce que tu nous as toujours demandé en ce jour si douloureux, à savoir être soi-même.

Toi, tu remarqueras surtout que je porte mon accessoire préféré, un sac. Car mon hommage pour toi ne pourrait pas l’être réellement sans « Marie Tchin Tchin », ce surnom que tu me donnais car tu t’amusais de me voir toujours porter un sac.

Alors, parce que c’est toi, pour toi, me voilà donc, moi, mes cheveux roses, mon sac et mes souvenirs pleins la tête debout devant cette assemblée pour te rendre un dernier hommage.

Papi, 

J’aurais tellement de choses à te dire… De mes premiers souvenirs de moi sur ton ventre, sur une balancelle avec mamie à côté, à toi nous disant il y a un mois le bonheur que tu avais eu à tous nous réunir. J’aurais tellement de choses à te dire, à me remémorer encore avec toi tellement tu as marqué ma vie. 

Mais le mot qui me vient à l’esprit, c’est MERCI.

Merci d’avoir été notre figure paternelle quand nous n’en n’avions aucune.

Merci de m’avoir accueillie pour mes cours de tennis à Fouilloy et me permettre de profiter un maximum de mes cousins.

Merci d’ailleurs pour ce goût des crêpes que tu m’as transmis, que tu nous as transmis.

Merci de m’avoir accueillie pendant des vacances pour que je révise mes examens et d’avoir pris soin de moi, alors que toi même tu aurais eu besoin qu’on prenne soin de toi.

Merci de nous avoir encouragées à nous dépasser, à croire en nous et à nous réaliser.

Merci d’avoir été là quand nous en avons eu besoin quand maman est tombée malade.

Merci de nous avoir soutenues quand maman est décédée.

Merci de cette phrase magnifique que tu m’as dite un jour sur Sophie et moi pour ce qu’on avait fait pour notre mère.

Merci d’avoir compris la place que tu avais dans notre vie et de l’avoir acceptée, assumée.

Merci d’avoir montré à David le grand père dont je lui avais toujours parlé et d’avoir accepté qu’il te considère à son tour comme notre père d’adoption.

Merci de l’avoir mis à l’aise et de l’avoir tout de suite considéré comme un membre de notre famille. Tu l’as conquis dès la première rencontre mais je sais qu’il t’a conquis aussi.

Merci de m’avoir épaulée, soutenue, suite au décès de David en me disant que j’allais y arriver, que j’étais capable de quitter notre maison, de tout recommencer… et que çà allait aller.

Merci de m’avoir donné la force d’y croire.

Merci d’avoir continué de parler de lui au présent, comme s’il était impensable qu’il ne soit plus là.

Merci de m’avoir invitée à tes 90 ans, anniversaire qui pour moi aura été une très belle réussite et je sais que pour toi aussi.

Merci de nous avoir prouvé à tous qu’il n’est jamais trop tard pour se retrouver.

Merci de nous avoir permis, aux cousins, de nous voir et de réaliser à quel point on s’était manqués.

Merci de nous avoir transmis cet esprit de famille, et de nous avoir fait comprendre qu’aucune famille n’est parfaite.

Mais surtout, merci pour toutes ces valeurs que tu nous as enseignées,

Merci de nous avoir appris que dans la vie, il ne faut pas baisser les bras et qu’il faut croire en nous. 

Merci d’avoir fait partie de ma vie, de notre vie à tous.

Aujourd’hui, papi, mon coeur est en peine. Il te pleure et te pleurera toujours. Je pense qu’il en est de même pour chacun d’entre nous, chacun à notre manière.

Mais papi, aujourd’hui, mon coeur se réchauffe aussi. Il se réchauffe car je t’imagine auprès de toutes ces personnes que tu as aimées et qui te manquaient tant: mamie, maman, ta famille, tes proches (et peut être même David) et je vous imagine tous ensemble, heureux de vous retrouver enfin.

Aujourd’hui, c’est à nous que tu vas manquer mais l’idée que tu sois si bien accompagné apaise ma douleur et pour me réconforter, je pense à ces mots de cet écrivain que j’aime tant, Victor Hugo, mots avec lesquels je finirai cet hommage: 

« La beauté de la mort, c’est la présence. Présence inexprimable des âmes aimées, souriant à nos yeux en larmes. L’être pleuré est disparu, non parti. Nous n’apercevons plus son doux visage; nous nous sentons sous ses ailes. Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents ».

Je vous remercie.

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