Les minutes qui suivent le décès de David

Les minutes qui suivent le décès

Les minutes qui suivent le décès de David sont cotonneuses. Je n’ai pas d’autres mots pour décrire mon état à ce moment là.

Je ne pleure pas, je ne crie pas. Je suis anesthésiée. Je réalise bien ce qu’il m’arrive, ce qu’il nous arrive, je comprends bien ce qu’on me dit, mais c’est indescriptible, mon corps, mon coeur, mon âme sont comme éteints. J’ai à ce moment-là juste l’impression d’être là. Vidée. Une simple carcasse.

Et puis l’infirmière vient me voir. Elle m’explique qu’ils vont procéder à la toilette mortuaire et que je peux y participer si je le souhaite. Elle m’explique que tout le monde ne s’en sent pas capable et qu’il ne faut pas que je me crée d’obligations. Elle m’explique qu’elle ne propose pas cela à tout le monde, qu’en général, elle propose cela aux gens qui ont réussi à accompagner le malade jusqu’au bout.

Je décide de rester. Je ne peux pas l’expliquer, mais à ce moment-là, j’en ai besoin. J’ai besoin de sentir qu’on prend encore soin de David, qu’on ne l’abandonne pas d’un coup, brutalement, après avoir passé autant d’heures à ses côtés, avec lui, à lutter pour sa survie.

J’ai besoin de voir ce corps que j’ai tant aimé libéré de tous ces fils, de toutes ces sondes, de tout ce qui me donne l’impression qu’il n’est pas encore paix.

Les deux infirmiers font preuve d’un grand respect. Ils m’expliquent ce qu’ils font au fur et à mesure et c’est pour moi une délivrance. Voir qu’après avoir été sollicité, manipulé toute la nuit, ce corps est maintenant nu. C’est David et juste David.

Je ne vois pas un patient, je ne vois pas la souffrance de la nuit, je ne ressens pas la douleur de sa mort. Tout ce que je ressens à ce moment là est un amour incroyable pour cet homme couché sur ce lit d’hôpital, un amour que même la mort ne pourra nous prendre.

On me laisse seule avec lui et je sens que je peux enfin lui dire au revoir. Je peux lui prendre la main, lui caresser le visage, lui souffler à l’oreille encore deux-trois mots d’amour.

Quand l’infirmière revient me voir, elle me demande si je veux rester plus longtemps. Je ne préfère pas. Je sais que plus je vais attendre et plus je vais vouloir rester. Il est inconcevable de quitter cet hôpital et d’y laisser David. Mais ce que je souhaite n’a pas d’importance, ce que je souhaite n’est plus possible.

Alors je quitte l’hôpital, seule.

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