Premier anniversaire


Il y a des anniversaires qu’on préférerait oublier, qu’on appelle “anniversaire” alors qu’il n’y a rien à fêter. Mais dont on se souvient car il est impossible d’oublier.

Cet anniversaire, c’est le premier anniversaire du décès de David (et le 11ème de l’enterrement de ma mère). Eux qui ne se sont jamais connus auraient apprécié l’ironie, j’en suis convaincue.

Je ne savais pas trop comment amorcer le sujet, comment l’intégrer à la section du blog “Cher David”, comment aborder les choses en ce jour si particulier. Et je me suis dit qu’il fallait garder l’essentiel en tête: être sincère. C’est donc en toute sincérité, une fois de plus, que je vais m’adresser à vous.

J’ai beaucoup de choses à vous raconter sur cette année: certaines seront racontées aujourd’hui, d’autres seront racontées dans un article dédié.

J’avais d’abord envie/besoin d’être dans un endroit qui me rappellerait David. Pas possible d’aller dans notre petite chapelle, à côté de la maison, la maison étant désormais bloquée dans la succession; pas possible de me poser dans la maison actuelle, rien en elle ne me rappelle vraiment David et la vie que nous avons partagée; et impossible d’aller sur cette tombe que je ne visiterai jamais car je ne peux me recueillir sur la tombe d’une personne (quelle qu’elle soit) qui ne voulait pas être enterrée et risquer tomber sur les personnes qui ont fait çà…

J’ai donc décidé de suivre mon instinct et d’aller dans notre fief, ce lieu qui nous caractérisait avant notre départ au Luxembourg. Je suis allée à Trégunc, à Pouldohan. J’ai refait la balade à côté de la maison qu’on faisait presque tous les jours et qui longe la côte.

J’appréhendais depuis un moment de retourner sur Trégunc et au final, Trégunc sans David, ce n’est plus Trégunc. Notre fief a perdu de sa superbe et mon rocher me rappelle qu’il y a toujours de la place pour deux: même lui semble me faire comprendre que sans David, ce n’est pas pareil.

Vue de "mon" rocher dans "son" fief

Mon rocher

L'année qui vient de s'écouler

L’année qui vient de s’écouler est passée vite. Aussi surprenant que cela puisse paraître. Tellement de choses à assimiler, tellement de choses à gérer, tellement de choses à faire. Cela ne fait que quelques semaines que je me pose réellement (hormis la partie professionnelle) et que je réalise réellement. J’étais happée dans ce tourbillon, et là où nombreux m’ont dit être surpris de mon dynamisme, moi je n’ai vu çà que comme de la normalité, car sincèrement, il n’y avait pas le choix. Il fallait bien faire les choses, gérer tout l’administratif, déménager, me reloger, gérer nos affaires, caler mon pro… et d’une certaine façon, je n’ai pas eu trop le temps de me poser les questions car il fallait… tout simplement.

Ce n’est que quelques semaines après avoir emménagé dans la maison que les choses se sont un peu compliquées pour moi. Ces derniers mois ont été faits de démarches en tout genre et ont assuré une certaine stabilité, une occupation m’empêchant de toucher le fonds. Mais une fois tout calé, le départ d’un pays que j’ai aimé, le départ d’une maison que nous avons rêvée, je subis l’arrivée dans une nouvelle maison où rien ne me rappelle ma vie, notre vie. Ne vous méprenez pas, je suis contente d’avoir trouvé une maison et de ne pas être tributaire d’une succession qui traîne (encore à ce jour, rien n’a bougé, c’est vous dire), mais une fois passé le soulagement de ne pas être à la rue, j’ai vécu ce que j’appelle “La douche froide”: ce moment où j’ai réalisé que j’enclenchais sérieusement une vie sans David et que tout ce qui pouvait me la rappeler, j’avais dû le laisser derrière. 

Peu de personnes ont été capables de comprendre ce qui m’est arrivé et pourquoi çà arrivait “aussi tard”, parce que pour bon nombre de personnes, je suis “chanceuse” d’une certaine manière (c’est ce qui m’est dit) parce que j’ai pu rebondir et que David ne me laisse pas criblée de dettes. J’ai donc de la chance. Et j’essaie  de comprendre ces personnes (enfin celles qui ne semblent pas déçues que je ne sois pas en galère), même si elles me brisent le coeur un peu plus sans même le réaliser.

Parce que oui, pour beaucoup, j’ai une belle maison, mais pour moi ce n’est pas la mienne. Ma maison est ailleurs et mon coeur y est encore et que je suis fatiguée de devoir l’expliquer.

Parce que oui, j’ai lancé mon activité professionnelle mais on devait le faire ensemble avec un superbe projet autour de l’écriture que je mènerai peut être toute seule, qui sait…

Parce que oui, parfois, j’aimerais dire que la perte de David et la souffrance qui va avec ne m’ont pas quittée, même si çà fait “déjà” un an. Pour moi, cela ne fait “que” un an, merci de le respecter.

Et que du coup je déteste les livres que j’ai lus et films que j’ai vus sur le sujet où si j’en crois leur vision de la chose, dans 9 cas sur 10, j’aurais dû coucher avec un autre homme au bout de trois mois, réaliser au bout de 5 que David m’avait caché des choses, au bout de 6 qu’en fait c’est son meilleur ami dont je suis amoureuse et au bout de 9 que je suis enceinte et tellement plus épanouie dans ma vie actuelle que dans celle passée avec le défunt. Je vous assure, dans 9 cas sur 10, même avec l’appellation “comédie dramatique”, c’est la vie qu’on nous présente comme celle d’un veuf, d’une veuve.

Ma réalité

Ma réalité est toute autre. J’aimerais pouvoir rassurer une personne dans ma situation qui tomberait sur cet article pour l’aider dans son deuil en voyant qu’un an après, les choses ont évolué, que je vais bien, que tout va bien/mieux.

Mais ce n’est pas vrai. Je vous ai promis de la sincérité dans ce projet, alors je vous en donnerai.

Ma réalité, c’est qu’il n’y a pas un jour sans que je ne pense à David. Pas une nuit sans que je n’aille me coucher les larmes aux yeux parce qu’il n’est pas là. La journée, j’arrive à gérer un peu mieux. C’est comme si mon esprit se disait que David est absent, sorti et je suis assez fière de réussir à faire cela car pour ceux qui nous connaissaient, nous étions quasi H24 ensemble donc je me félicite de maîtriser mes journées. Et puis comme bon nombre de personnes dans mon cas, je ne veux pas embêter les “gens” à parler de David car pour beaucoup cela fait quand même un an et que je devrais limite être passée à autre chose. Alors, je n’en parle pas. Je garde précieusement pour moi mes pensées.

Les nuits sont différentes, car là l’esprit réalise que la journée est passée et que la personne n’est pas rentrée.

Je ne suis pas en déni, je peux vous assurer que j’ai plus que compris que David était décédé et qu’il ne rentrerait pas, mais que voulez-vous, on trouve chacun nos petites “astuces” pour tenir et je crois qu’une part de moi rêvera toujours de voir David franchir la porte.

Cela fait un an aujourd’hui et au vu de tout ce qu’on peut me dire/conseiller sur ma vie à venir, sur un éventuel futur amoureux, j’ai envie de vous dire que cela ne fait qu’un an. Que dans ma tête, il n’y a pas de futur amoureux. Que dans mon coeur, ma tête, c’est encore et toujours David. Je reste aujourd’hui amoureuse de cet homme et je trouve presque irrespectueux de m’entendre dire “le prochain” comme Brel pouvait chanter “Au suivant”.

Parce que je n’ai aucune envie d’un suivant. J’ai expliqué une fois à des amies, que David était la personne qui m’avait tout donné, à tout point de vue. Il m’a aimée moi, telle que je suis, avec mes qualités, mes (nombreux) défauts, avec mes pensées exprimées telles quelles et non censurées, et que par tout cela et l’amour que je lui portais, il m’a comblée pour toute une vie. Et c’est vrai! David m’a comblée pour toute une vie.

Je suis seule, mais je me sens encore aujourd’hui aimée; je suis toujours peureuse, mais je me sens encore portée par ses conseils pour me dépasser; je suis toujours complexée mais je l’entends encore me rassurer; je suis toujours pleine de projets et je le vois encore me soutenir sans concessions.

David a été mon amoureux, mon amant, mais il a aussi été mon confident, mon meilleur ami. Et me dire aujourd’hui “le prochain”, comme s’il n’avait été que de passage ou qu’il était “juste” un ex avec lequel je ne digérerais pas la rupture, me semble tellement éloigné de la réalité, de ma réalité.

Je peux encore l’entendre ou le voir selon des événements qui m’arrivent. Une glissade par exemple, et je l’entends rire; une râlerie à haute voix et je l’entends se moquer avec son “Oh ben oui alors”… On n’efface pas une personne et quand bien même on le ferait, on n’efface pas son souvenir en un an. Les loulous de ma soeur sont comme moi. Parfois, quand il leur arrive un truc à la maison, ils me disent: “alors là tonton, il aurait dit…”, “alors là tonton, il aurait trop rigolé” et du coup, je me dis que je ne suis pas si bizarre de ressentir encore çà.

Il est parfois d’ailleurs plus facile de discuter de tout cela avec des enfants car ils ont en eux cette fraîcheur, cette capacité à verbaliser des choses que les adultes préfèrent taire. Mon “grand” (surnom de mon neveu de 16 ans) est encore comme çà et çà fait du bien.

Et c’est pour çà que je ne vois même pas comment un “prochain” aurait sa place, surtout si on considère qu’Elijah (mon neveu de presque 9 ans) m’interdit d’avoir un autre amoureux car pour lui son tonton apprend à faire du surf au paradis pour m’apprendre à en faire quand j’irai moi. 

Donc de vous à moi, souhaitez lui quelqu’un d’autre que moi au suivant. Souhaitez lui plutôt une personne qui l’aimera comme David m’a aimée ou comme j’ai aimée David, mais ne lui souhaitez pas une fille (j’ai du mal à écrire femme quand je parle de moi…) amoureuse et comblée par sa vie passée. En ce qui me concerne, je lui souhaite autre chose.

Et n’en déduisez pas que je suis sans projet, sans projection de vie. Au contraire, je suis animée par beaucoup d’envies mais cela demande du temps de réaliser des choses dans un tel contexte. Il y a du manque, de la culpabilité, de la tristesse, de la peur… Et bien sûr qu’un décès précoce nous fait encore plus réaliser que la vie est précieuse, mais il ne faut pas non plus penser pour autant qu’on est capable d’un claquement de doigt de tout mener de front. Les choses sont bien plus complexes.

Je voudrais finir cet article avec une pensée particulière pour les personnes dans ma situation. J’ai envie de vous dire: Peu importe ce qu’on vous dit, le plus important c’est ce que vous pensez/ressentez vous. Faites ce qui vous fait du bien, croyez ce qui vous aide. Il y aura toujours une personne pour vous dire que vous ne faites pas comme il faut, qu’il faut vous bouger, qu’il faut avancer, que vous ne prenez  pas les bonnes décisions… Quoi que vous fassiez, il y aura quelqu’un pour redire à ce que vous faites: n’y attachez aucune importance! Avancez comme vous le pouvez, décidez ce qui vous semble bon pour vous…

Et si nous nous retrouvons ici dans un an avec pour même morale que nous aimons toujours notre défunt et que nous estimons toujours que personne ne pourra le remplacer, eh bien soit! Je ne culpabilise absolument pas de çà. Et vous ne le devriez pas non plus…

  1. Magnifique de sincerite…….
    Je n’ai pas vécu la même chose….mais j’ai tjrs aussi ce sentiment que les choses savent ce que tu dois être.. ce que tu dois faire….qui tu dois aimer…etc…..

  2. <3
    Je vais répéter ce que Stéphanie a dit juste au-dessus mais on est là, quand tu veux, où tu veux, ne te retiens pas <3

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